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LA GENDARMERIE IMPERIALE DANS L’AIN
Jérôme Croyet
Docteur en histoire, collaborateur au Magazine Napoléon 1er & à la revue Soldats Napoléoniens
La loi du 16 février 1791 supprime la Maréchaussée et crée la Gendarmerie Nationale. Cette dernière formée d'hommes sortant de l'armée et assermenté, est chargée de la sécurité et de la sûreté des biens et des personnes. D'un recrutement parfois plus politique que méritoire, la Gendarmerie n'en demeure pas moins un corps d'élite, où chaque gendarme doit savoir lire et écrire. La Gendarmerie du Département de l'Ain fait partie de la 21e Légion (dont l'état major est à Dijon) et est formée par la 2e Compagnie du 42e escadron. De 13 brigades en 1789, elle passe à 19 en 1801 pour 139 hommes. « La tenue, la discipline et le service de la gendarmerie ne laissent rien à désirer » écrit le préfet Bossi en 1808. Outre son service de maintien de l’ordre, elle combattra pour la défense du sol en 1814 à Nantua.
Mais une affaire va bouleverser la compagnie de l’Ain. Tout commence fin 1808, lorsque le gendarme Olivier n’arrive pas à se faire rembourser des achats d’effets pour son service. Malgré l’appui de l’ex Conventionnel Anthelme Ferrand, le Conseil d’Administration de la Gendarmerie de l’Ain lui refuse des dédommagements. Dès lors, plusieurs gendarmes signalent, en 1809, au Premier Inspecteur Général de la gendarmerie des abus et des irrégularités dans la comptabilité de la compagnie de l’Ain. Des dilapidations, des abus et de graves fautes se font rapidement jour, mettant en cause tant le capitaine commandant la compagnie de l’Ain, Brisson, que le quartier maître Arnaud : un équipement de gendarme est évalué 2376 francs alors que le Conseil d’Administration de la Compagnie de l’Ain le fait payer 2951 francs. Même si l’affaire ne fait pas de bruit dans la population locale, elle n’en prend pas moins de très grande proportion : 110 gendarmes plus les municipalités de Bourg et de Pont d’Ain portent plainte, elle remonte jusqu’au maréchal Moncey à Paris. Il ne faut pas moins de trois commissions pour l’éclaircir. La première, composée des chefs de légion Bourdon, Bertrand, Moncey et du lieutenant Chastel, se réunie à Bourg, en mai 1809, pour vérifier les registres et constater des abus en comptabilité. La seconde, composée du sous-inspecteur aux revues Seyssel, des chefs d’escadrons André, St Marc et du lieutenant Chastel, se réunie à Bourg en 1810. Elle met en état d’arrestation Arnaud pour malversation et faux. La troisième, réunie pour rendre un verdict final en 1814, accuse les deux anciens officiers, qui sont mis sous le coup d’un mandat d’arrêt le 24 août et jugés au tribunal de 1ère instance de Bourg. Enfermés, ils sont libérés par le comte Bubna, commandant les troupes d’occupation Autrichienne dans l’Ain. Toutefois, le 7 juillet 1815, la cour d'assise condamne, par contumace, Brisson et Arnaud à 20 ans de fer. Arrêté, en 1818, Arnaud se suicide en prison en 1819.